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Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ : quand le yoga apaise le mental

« Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ »Une formule tirée des Yoga Sūtra de Patañjali, souvent traduite par :« Le yoga consiste à suspendre l’activité psychique et mentale. »


Et si, finalement, le yoga était surtout une manière de faire taire le bruit intérieur ?



Quand on pense au yoga, on imagine souvent des postures, de la souplesse, un tapis, une respiration profonde… Pourtant, la tradition yogique ne commence pas par le corps. Elle commence par l’esprit.


Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, l’un des textes les plus importants du yoga classique, une phrase résume à elle seule toute la pratique :


« Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ »Autrement dit : le yoga consiste à suspendre l’activité psychique et mentale.

Cette définition, simple en apparence, est en réalité d’une profondeur remarquable. Elle nous invite à voir le yoga non pas comme une performance physique, mais comme un chemin vers l’apaisement intérieur.



Comprendre la phrase : un yoga qui agit sur le mental


Pour saisir la portée de cette formule, il est utile d’en comprendre les mots :

  • Citta désigne le mental au sens large : les pensées, les émotions, la mémoire, l’imagination.

  • Vṛtti représente les mouvements, les fluctuations, les vagues du mental.

  • Nirodhaḥ signifie l’arrêt, la suspension, la pacification de ces mouvements.

Ainsi, cette phrase nous dit que le yoga est l’art d’apaiser les vagues mentales, comme on calme la surface d’un lac pour enfin voir clairement ce qu’il contient.



Les vṛtti : ces vagues qui nous fatiguent


Dans notre quotidien, le mental est rarement silencieux. Il est constamment en mouvement :

  • on anticipe l’avenir,

  • on rumine le passé,

  • on se juge,

  • on compare,

  • on imagine des scénarios,

  • on s’inquiète,

  • on se disperse.

Ces fluctuations sont naturelles, mais lorsqu’elles deviennent incessantes, elles nous épuisent. Souvent, ce n’est pas la réalité qui nous pèse… mais le film intérieur que notre mental fabrique en continu.

Le yoga, dans cette perspective, n’est pas une fuite du monde. Il est plutôt une manière de reprendre la maîtrise de ce qui se passe à l’intérieur.



Suspendre l’activité mentale ne signifie pas “ne plus penser”


L’idée de « suspendre le mental » peut faire peur ou sembler impossible. On pourrait croire que le yoga cherche à nous rendre vides, coupés de tout, comme si l’objectif était de ne plus avoir de pensées.

Mais ce n’est pas cela.

Le yoga ne demande pas d’arrêter toute pensée par la force. Il invite plutôt à ne plus être dominé par elles. Il s’agit de créer un espace : un recul, une présence, une stabilité.

En d’autres termes : le yoga n’élimine pas le mental, il l’apaise.



Nirodha : l’apaisement comme pratique


Le mot nirodha est central. Il ne parle pas d’un contrôle rigide, mais d’un retour progressif au calme.

C’est un processus doux, qui se construit avec l’expérience :

  • observer ce qui se passe en soi,

  • ralentir,

  • respirer,

  • laisser passer les pensées sans s’y accrocher,

  • revenir au présent.

Petit à petit, le yoga nous apprend à ne plus être emporté par les vagues intérieures. On cesse d’être un passager anxieux dans sa propre tête, et l’on redevient acteur de son attention.



Les postures ne sont qu’une porte d’entrée


Dans la pratique moderne, le yoga est souvent réduit aux postures. Pourtant, dans la tradition, les postures (āsana) ne sont qu’un outil.

Elles servent à :

  • libérer les tensions,

  • stabiliser le corps,

  • calmer le système nerveux,

  • rendre la respiration plus profonde,

  • préparer le mental à l’immobilité et à la concentration.

Le corps devient alors un support. Il permet au mental de se déposer.

Ainsi, même lorsqu’on pratique une posture simple, l’enjeu réel n’est pas de “réussir” la posture, mais de sentir ce qui se passe intérieurement : la respiration, les tensions, le flux des pensées… et la possibilité de revenir au calme.



Quand le mental s’apaise : une transformation concrète


Lorsque les fluctuations du mental se calment, cela ne reste pas une idée philosophique. Cela se ressent immédiatement dans la vie.

On observe souvent :

  • un souffle plus libre,

  • un sentiment de présence,

  • moins de réactivité émotionnelle,

  • une meilleure qualité de sommeil,

  • plus de recul,

  • une capacité à agir avec plus de clarté.

Ce calme intérieur n’est pas réservé aux yogis retirés du monde. Il est accessible à chacun, dans une pratique simple, régulière, réaliste.



Le yoga, une hygiène mentale dans un monde saturé


Aujourd’hui, notre mental est sollicité en permanence : notifications, bruit, informations, pression, vitesse. Beaucoup vivent avec une charge mentale constante, parfois même sans s’en rendre compte.

Dans ce contexte, le yoga devient presque un acte essentiel.

Faire du yoga, ce n’est pas seulement ajouter une activité à son emploi du temps. C’est, au contraire, apprendre à retirer du bruit. C’est retrouver un espace où l’on peut simplement être, sans devoir produire, réussir ou se justifier.


Conclusion : le yoga comme liberté intérieure


Avec cette phrase, Patañjali nous donne une définition radicale et lumineuse :


Le yoga consiste à suspendre l’activité psychique et mentale.


Non pour fuir la vie, mais pour la vivre avec plus de lucidité.Non pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour redevenir soi.

Car lorsque les vagues du mental se calment, quelque chose apparaît :un silence, une présence, une stabilité.


Et c’est peut-être cela, au fond, le yoga.



 
 
 

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